Enjeux de l’application de la législation sur le cannabis au Maroc

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Le Maroc fait partie des principaux producteurs de chanvre en Afrique et dans le monde. Récemment (juin), les parlementaires ont voté en faveur de la régularisation du cannabis à titre industriel, thérapeutique ou cosmétique. Mais, le moment est venu pour ce pays d’appliquer la loi qui régule sa production. Les paysans et autres entités concernées accusent le retard de l’application de cette loi. Cela accentue leur hésitation à se lancer dans l’industrie du cannabis. Maintenant que l’agence nationale de réglementation de l’industrie du cannabis est opérationnelle, le peuple marocain espère un changement positif.

Effort du gouvernement à se rapprocher des cultivateurs de cannabis

Le gouvernement marocain a déjà fait l’effort de sélectionner quelques villes pour la production du cannabis à titre légal. Ces zones (Tétouan, Al Hoceima, Chefchaouen) peuvent même développer leurs activités au niveau régional. Le pouvoir ne les a pas choisies au hasard, elles sont toutes des berceaux du trafic illégal dans le pays. En effet, les trafiquants y cultivent illicitement du cannabis. Mais ces sites abritent également une tranche importante de la population, celle dont les moyens de subsistance sont les plus bas. Il faut reconnaître que l’idée de réduire la pauvreté en favorisant la production licite est bonne en soi. C’est une façon de satisfaire les cultivateurs de chanvre ayant dû se tourner vers la culture illégale pour s’en sortir économiquement.

Plantation-de-cannabis

La lenteur de la mise en œuvre de la loi accentue le fossé entre la puissance publique et les agriculteurs

Malheureusement, tant que des dispositions ne sont pas prises concrètement, les agriculteurs restent méfiants envers le gouvernement. Celui-ci n’a pas encore établi les conditions culturales ainsi que les normes d’importation et d’exportation du cannabis. Rabat avait prévu d’affecter ces tâches à une agence spécialisée, mais l’attente de sa création devient frustrante après plus d’une année. Les élections des nouveaux représentants parlementaires en septembre (2021) sont en partie responsables de cette longue attente. De ce fait, on a dû mettre en attente certaines décisions. De plus, le gouvernement a dû prioriser la revendication territoriale du Sahara occidental impliquant les affaires diplomatiques et politiques du pays.

En outre, il faut également mobiliser d’importants moyens (techniques, humaines, financières) pour créer cette agence de contrôle nationale. On doit aussi prévoir une campagne de sensibilisation des différents les acteurs (agriculteurs, opérateurs économiques, etc.) aux nouvelles normes. Mais, cela exige également du temps. Finalement en juin 2022, cette institution a ouvert ses portes. Son organigramme, son budget et son plan d’action annuel sont approuvés par Abdelouafi Laftit (ministre de l’Intérieur). Cette dernière a présidé la première réunion de l’agence de réglementation du cannabis. Elle prévoit notamment de distribuer des licences aux acteurs œuvrant dans le domaine légal (producteurs, opérateurs, etc.).

L’urgence d’action pour contrer la prolifération des trafics illicites de cannabis

En fait, la loi légiférée devrait réglementer tout le processus allant des conditions culturales jusqu’aux normes d’importation et d’exportation du cannabis. Parallèlement, la culture et l’usage récréatif du cannabis demeurent prohibés. Malheureusement, la lenteur de la mise en application de cette loi régulatrice n’a fait qu’accentuer la méfiance entre les parties concernées. De plus, elle favorise la prolifération des commerces illicites de cannabis. Quoi qu’il en soit, l’agence peut enfin démarrer ses activités, ce qui devrait atténuer les réticences des parties prenantes.

Si le Royaume du Maroc maintient l’interdiction du cannabis récréatif, les trafiquants continuent de s’enrichir du commerce de l’or vert. Il faut alors anticiper la manière de contrôler la coexistence des productions licites et illicites. En effet, la mafia marocaine profitera certainement de la nouvelle loi sur la légalisation du cannabis pour blanchir de l’argent. Le marché légal du chanvre favorise la criminalité au niveau national et le trafic de réseaux à l’échelle régionale et internationale. Par conséquent, les petits paysans ont peur d’être délaissés au profit des détenteurs de ressources (investisseurs, mafia, etc.).

Pour conclure, nous pouvons dire que l’enjeu de l’application de la législation sur le cannabis au Maroc est important. La mise en œuvre de la production légale du cannabis devrait permettre l’accroissement du niveau de vie des agriculteurs pauvres. Mais ces derniers craignent la domination des puissantes industries et de la mafia. Par conséquent, l’agence nationale chargée de la réglementation de la production légale du cannabis devrait tenir compte de ces conditions. Sa première réunion en juin a abouti par l’approbation de sa structure, de son budget et son plan d’action annuel. Malgré le retard de sa création, cette agence prévoit entre autres la distribution de licences aux acteurs légaux dans le domaine. Par ailleurs, il faut prendre quelques mesures pour cultiver le cannabis en hiver.

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