Les SCMR progressent, malgré les idées reçues obscurcissant leur réputation

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Depuis son lancement en 2016, le dispositif SCMR (Salles de consommation à moindre risque) n’arrête pas de faire l’objet d’idées reçues qui ont tendance à obscurcir sa réputation. Une situation que les autorités ont bien voulu éclaircir en mettant en exergue différents éléments prouvant le contraire. L’initiative permettant à l’arrêté du 22 janvier 2022 de voir le jour. Celui qui a permis à ces SCMR d’étendre leurs empreintes sur de nouveaux territoires à travers la France. Un pas de plus dans l’univers réglementaire pour les usagers de drogues par injection ou par inhalation. N’empêche qu’ils ont encore du chemin à faire avant de se rapprocher des consommateurs de cannabis médical qui ont déjà effectué d’énormes bonds dans ce domaine, grâce au CBD.

SCMR, un dispositif réglementaire dédié aux usagers de drogues

À titre de rappel, les Salles de consommation à moindre risque existent en Suisse depuis 1986 si leur arrivée en France ne remonte qu’en  2016, grâce aux recommandations de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). Une façon de dire que ce système commence à peine d’effectuer ses premiers pas dans l’Hexagone. Et là encore, il faut préciser que l’Hexagone n’a eu droit qu’à deux SCMR comme prévu par la Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016. L’une installée à Paris et l’autre à Strasbourg pour une phase d’expérimentation étendue sur 6 ans .

À l’instar des 90 salles de consommation répartis un peu partout auprès d’une dizaine de pays, celles de la France ont pour objectif principal de :

  • Réduire les risques liés à la consommation de drogues,
  • Établir le contact avec les concernés pour les orienter vers des dispositifs de soins ou services sociaux adaptés.

La stratégie, mettre à la disposition des usagers un endroit dédié et sécurisé où ils peuvent consommer leur produit en toute légalité et dans des conditions d’hygiène optimales. De plus, chaque individu a l’avantage d’être accompagné par une équipe qualifiée. Un personnel capable d’expliquer les risques ou d’apporter son aide dans l’adoption des pratiques les plus sûres.

Les idées reçues mettent de l’ombre au dispositif

Comme susmentionné, ce dispositif n’a pas arrêté de faire l’objet d’idées reçues. Celles qui ont mis de l’ombre à la réputation des deux salles de consommation installées dans l’Hexagone. Et les rumeurs sur ces SCMR sont bien nombreux, mais voici les plus pertinents :

  • Elles ont été installées sans la consultation des riverains,
  • Elles servent d’abri aux trafiquants ;
  • Le dispositif s’éloigne de son objectif puisqu’au lieu de réduire les risques, cette initiative ne fait qu’aggraver le cas des drogués ;
  • Ces centres servent de levier à la délinquance dans les quartiers concernés.

À propos de l’abri aux trafiquants, ces idées reçues sont basées sur le périmètre de 300 mètres empêchant la force de l’ordre d’intervenir. Quant à l’objectif, certains individus estiment que le système encourage la consommation plutôt que l’arrêt. Voilà pourquoi ils continuent de croire que la solution est plutôt de forcer le sevrage des toxicomanes et qu’ils considèrent ces SCRM comme des « salles de shoot ». Une autre raison expliquant cette suggestion d’éloigner ces centres des zones habitées.

Soit, autant d’éléments incitant à croire que le pouvoir public s’est trompé de stratégie en empruntant cette voie. Une politique déjà adoptée par dix pays avec la Suisse en tête de liste.

Les SCMR prouvent le contraire

Ces rumeurs et idées reçues ont certes impacté le point de vue d’un nombre considérable de citoyens. C’est pourquoi, certains d’entre eux pensent que cette stratégie de lutte contre la drogue basée sur les SCMR est un échec. Mais en creusant davantage, il serait facile de croire que les faits prouvent le contraire.

Ainsi, il serait utile de rappeler que la mise en place de cette phase d’expérimentation n’est pas un choix fortuit. La preuve en est que le gouvernement s’est accordé une période de six ans pour évaluer ce dispositif. Son objectif. En déterminer la pérennisation dans le cadre de la stratégie de réduction des risques et des dommages (RDRD).

Dans cette optique, l’INSERM a donné suite à la demande de la MILDECA. L’évaluation de la SCRM de Paris et de la SCRM de Strasbourg. Les résultats positifs confirment l’intérêt des salles de consommation à moindre risque. Ils viennent apporter des éclaircissements aux idées reçues mentionnées plus haut.

Qu’en est-il du niveau de délinquance ?

Comme susmentionnées, ces SCMR sont à la source de la hausse du niveau de délinquance constatée dans les quartiers concernés . Mais d’après cette étude publiée en 2021, la situation est toute autre. La preuve. Le taux d’incidence auprès de ceux qui fréquentent ces SCMR est de 20% à 30% inférieur à celui des consommateurs extérieurs. Un point de vue partagé par les policiers parisiens faisant valoir que :

Le quartier où la SCMR est implantée n’est pas considéré comme particulièrement difficile depuis sa mise en place, en comparaison avec d’autres quartiers du 10e arrondissement.

Et du périmètre de 300 mètres ?

Concernant cette zone supposée empêcher la force de l’ordre d’intervenir, il faut regarder du côté de la garde des Sceaux rappelant que :

  • La police reste présente autour de la salle comme partout ailleurs ;
  • La police y procède à des interpellations pour des infractions multiples ;
  • Le trafic de drogue est interdit, y compris aux abords des SCMR ;
  • Les usagers bénéficient d’une certaine liberté pour apporter leurs produits dans la salle.

Soit, autant d’éléments permettant de dire que ces suppositions sont non fondées. Un point de vue partagé par la mairie du 10e arrondissement qui a jugé utile d’apporter une lumière à propos de l’exclusion des riverains.

Une affirmation non fondée

Cette ville parisienne est certes la mieux placée pour écarter les doutes sur ce sujet d’exclusion pour la simple raison qu’elle abrite la SCMR de Paris. C’est pourquoi, la mairie a fait valoir que les riverains sont membres du comité de voisinage dédié à ce sujet au même titre que la police, l’administration, l’association gestionnaire et les élus. Une façon de dire que contrairement aux idées reçues, ces derniers ont aussi une part à jouer dans le système.

De son côté, la Haute Autorité de santé s’est chargée de mettre le point sur le i concernant un autre sujet. Cette pensée estimant qu’il serait plus judicieux de forcer les toxicomanes à sevrer en faisant remarquer que :

La fréquence des rechutes et des décès après un sevrage forcé montre que la contrainte et les pressions sont non seulement incompatibles avec l’établissement d’un contrat de soin, mais aussi inefficaces au plan thérapeutique, voire nuisibles.

Un avis partagé par l’INSERM qui tient à préciser que les abonnés aux SCMR s’exposent moins aux risques liés à cette pratique :

  • L’overdose ;
  • L’abcès ;
  • L’infection au virus de l’hépatite C et au VIH.

En outre, les usagers sont moins nombreux à se retrouver sur un lit d’hôpital contrairement aux consommateurs extérieurs.

Le niveau de délinquance est sur une tendance baissière

Cette chute du niveau des risques est déjà un point positif selon l’INSERM ajoutant que les membres des SCMR sont moins susceptibles de :

  • Tenter l’expérience dans l’espace public,
  • Commettre un délit sous l’influence de la drogue.

Ce, pour en venir au fait que ces preuves supplémentaires viennent contredire les rumeurs soutenant que les SCMR servent de leviers aux troubles de la tranquillité publique. À cela s’ajoute le fait qu’une nouvelle encourageante accompagne la présence de ces centres en se manifestant à travers la baisse significative du nombre de seringues abandonnées dans les rues. Soit, autant d’éléments portant à croire que les indicateurs ont tendance à tourner au vert en vue d’une tendance de fond qui s’installe. D’autres éléments pointant dans ce sens viennent étayer ces dires :

  • 80,2% des Français sont favorables aux SCMR ;
  • 75,9% sont d’avis pour l’ouverture de nouvelles SCMR,
  • 55,1% accordent leur feu vert à l’installation d’une SCMR dans leur propre quartier.

Le dispositif de SCMR passe la vitesse supérieure

Avec un taux favorable élevé à plus de 80%, les salles de consommation font l’objet d’un consensus dans l’opinion générale. Et pas seulement puisqu’à travers les résultats positifs de son enquête, l’INSERM a validé le processus. Le levier qui a permis à ce dispositif d’enclencher la vitesse supérieure. Ce qui explique l’adoption de l’arrêté du 26 janvier 2022. Son objectif principal étant de prolonger l’expérimentation des SCMR jusqu’à fin 2025. Plus encore. Chaque régions a eu le feu vert pour installer leur salle de consommation.

Voilà pourquoi les HSA (haltes soins addictions) ont obtenu l’accord pour représenter les SCMR. Ils seront sous le pilotages des Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) et les CAARUD. Ces Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues.

Conclusion

La France est certes à la traîne dans la mise en place des SCMR par rapport à la Suisse ou à d’autres pays. N’empêche que ces évaluations positives de l’INSERM permettront à la nation d’accélérer ses pas. Ce qui pourrait aboutir à une régularisation pérenne comme c’est déjà le cas pour le CBD. En attendant, il faudrait s’attendre à l’arrivée des idées qui circulent autour de ce dispositif dans sa nouvelle phase expérimentale. En une phrase. La France se doit encore de peser le pour et le contre dans sa stratégies de lutte contre la drogue. Répression ou accompagnement ?

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