UIVEC : mi-chanvre, mi-cannabis…

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Le jeudi 12 janvier dernier s’est tenue une réunion d’information relativement intéressante. Elle était à l’initiative de l’Union des industriels pour la valorisation des extraits de chanvre (UIVEC). Celle-ci avait pour thème « bilan et perspectives réglementaires pour le CBD en France pour 2023 ». Comme le titre de cet article peut vous l’indiquer, je ne sais pas vraiment quoi en penser !

Une approche quelque peu incomplète 

En réalité, j’ai assisté à une projection plutôt particulière. Au cours de celle-ci, l’UIVEC (fidèle à sa philosophie) ne valorise que la molécule d’extraction CBD et les autres cannabinoïdes autorisés. C’est-à-dire, sous forme transformée, voire isolée pour une filière alimentaire et cosmétique. 

Ainsi, elle exclut toujours dans ses discours une quelconque valorisation du cannabis à valeur CBD sous sa forme brute. Cela pourrait pourtant servir à différents autres usages, à ne citer qu’en tant que combustible. Elle met même de côté la refonte du cadre réglementaire de la MILDECA relatif à ce secteur. 

Cette éventualité avait déjà été fortement soulignée mardi 10 janvier dernier par InterChanvre dans son communiqué de presse

Récapitulatif de la réunion avec l’UIVEC

Voici ma description de cette heure d’information et de partage.

  • 10 h : Démarrage du webinaire sur Zoom. 
  • Réunion tenue par : 
    • Ludovic Rachou : président de l’UIVEC et
    • Zoé Demange : déléguée générale de l’UIVEC. 

La réunion s’est tenue dans une ambiance sereine et enthousiaste. Dans un discours à la première personne (UIVEC), Ludovic Rachou nous dévoile la suite logique de la construction de la filière des cannabinoïdes. Il a abordé différents axes du secteur : diversification, sécurisation, législation et labellisation. 

Cependant, il n’a pas évoqué les sommités brutes et autres produits commercialisés par les CBD shops. Pour le syndicat, ces derniers favoriseraient la confusion avec le cannabis à usage adulte. D’autant plus que son usage détourné pourrait être néfaste à la santé, surtout à cause de la combustion. Aussi, l’autorisation de ces produits compliquerait le travail des autorités publiques concernant la détention et la consommation de cannabis THC

Voici le déroulé et l’extrait de la réunion de l’UIVEC

Webinaire sur la réglementation et le bilan de la filière du CBD en France 

L’idée, c’est déjà de revenir un peu sur qui ils sont, et de faire un petit bilan de la filière, des évolutions réglementaires et puis surtout des perspectives en vue. C’est-à-dire : un topo assez général. L’UIVEC n’a pas révélé d’informations particulièrement confidentielles puisque celles-ci sont réservées à leurs adhérents. Elle a tout de même programmé une session de questions/réponses à la fin de la réunion (que je vous partagerai plus tard). Plus de 200 personnes ont assisté pour écouter les annonces de ses constats et projections pour 2023.

1. Une petite présentation de l’UIVEC, décrite par son président

D’après Ludovic Rachou, l’UIVEC est le syndicat représentatif de la filière des extraits de chanvre. « Alors, on s’intéresse vraiment à tous les extraits de genre le CBD, le CBG, le CBC — à l’exception du THC… En tout cas, les produits de grande consommation. » La vocation de ce syndicat professionnel serait alors d’« accompagner tous les acteurs tout au long de la chaîne de valeur ». D’ailleurs, l’UIVEC compterait dans ses rangs des agriculteurs indépendants, des coopératives et des chanvrières.

Cet accompagnement passerait en tout cas par la fabrication des ingrédients jusqu’aux façonniers des produits finis — que ce soit pour des fins cosmétiques ou alimentaires. Par ailleurs, Ludovic Rachou confirme qu’« on a des enseignes de distribution, des pharmaciens. » Ainsi, « notre vraie mission est de participer au développement de la filière et d’accompagner sa structuration, tout en aidant à démystifier tous les sujets autour du chanvre. »  

Photo de chanvre industriel

2. Les domaines de compétence de l’UIVEC 

  • L’utilisation de ces extraits et leur fabrication avant tout. 

Le syndicat prône différents produits. On parle de denrées alimentaires classiques ou d’autres alternatives comme les boissons par exemple, mais aussi de compléments alimentaires. En bref :

  • Toutes les huiles ou assimilées, les produits ;
  • Les cosmétiques (évidemment) qui sont en fort développement ;
  • Les produits de l’alimentation animale ;
  • Ou encore, plus récemment, le cannabis thérapeutique (dû à une évolution récente de ce nouveau marché).

Cependant, l’UIVEC ne se positionne pas sur les autres sujets en lien avec le chanvre. À savoir : 

  • Économie des cannabis de synthèse ;
  • Transformation et utilisation des autres parties de la plante de chanvre (dont la paille et les graines) ;
  • Promotion de produits destinés à être fumés, sujet en lien avec le cannabis récréatif, dit THC, etc.

3. Un portrait de la filière française vue par le syndicat 

Selon les dires de Ludovic Rachou, « ce qui rend la filière française assez unique en termes de potentiel, c’est vraiment le fait qu’on ait des acteurs qui soient répartis sur tout le long de la chaîne de valeur, avec une véritable expertise et un réel savoir-faire. » Il n’hésite pas à comparer le marché à celui d’autres pays comme le Royaume-Uni, les États-Unis et autres pays d’Europe de l’Est. 

« Aujourd’hui, nous sommes le premier producteur de chanvre en Europe… de très loin. Le deuxième ou troisième mondial, selon les années. » Si le président de l’UIVEC reconnaît que la France ne se positionne pas forcément sur le chanvre à fleurs, il assure que l’Hexagone est en train de rattraper son retard.

« On a toute l’expertise de la filière de l’extraction végétale, avec notamment la filière des plantes à parfum et aromatiques. Un vrai savoir-faire dans la fabrication d’extraits végétaux. Une forte expertise aussi dans les activités d’analyse. On a aussi et surtout des façonniers, les marques qui savent développer des produits, des cosmétiques, des produits alimentaires et les vendre — aussi bien sur le marché national qu’à l’export. »

Rachou continue en affirmant que tous les éléments sont réunis pour faire potentiellement du marché français un leader en la matière. Ce, que ce soit à l’échelle nationale ou internationale. Côté mission, « le but est très simple et très clair. C’est vraiment participer à l’encadrement du marché en garantissant des produits qualitatifs pour les consommateurs, tout en défendant les intérêts économiques des acteurs du secteur. On a une vraie participation à l’élaboration de la réglementation, mais aussi des projets structurants pour la filière. »

Pour ce faire, l’UIVEC interviendrait dans la création de ponts entre les différentes sociétés, et dans le développement de l’écosystème business. Dans tous les cas, le syndicat se focaliserait sur des projets de fond de filière en matière de normalisation et de formation.

4. Le marché français aujourd’hui 

Voici les tendances à connaître en 2023. 

  • On estime que le marché du CBD en France qui pourrait peser près d’un milliard d’euros d’ici 2025. Ces chiffres excluent les fleurs à fumer. Leur évolution dépendra de la réglementation qui sera adoptée d’ici peu par les institutions françaises. On attend également l’approbation des certaines organisations comme l’UIVEC. Ils ne tiennent pas non plus compte des marchés destinés à l’export. 
  • D’autre part, les estimations varient entre 1500 et 2000 CBD shops.
  • Toutefois, une évolution majeure en 2022 : le nombre de points de vente de la grande distribution qui commercialisent désormais des produits au CBD. 
  • En octobre 2022, UFC Que Choisir révélait également que près de deux pharmacies sur trois commercialiseraient du CBD sous plusieurs formes. Une enquête assez intéressante puisqu’elle a couvert 80 départements français. 
  • En outre, on voit déjà apparaître des produits avec du CBG, du CBC, du CBN, etc. sur le marché actuel. 

Pour l’UIVEC, l’enjeu est de taille, car le secteur du chanvre français est en pleine croissance. D’autant plus que la France est aujourd’hui toujours le leader en Europe. Près de la moitié des surfaces cultivées (22 000 hectares de chanvre) se trouveraient dans l’Hexagone. En réalité, quasiment l’intégralité est destinée au chanvre industriel (pour les usages à fibres, graines, etc.). 

À l’heure actuelle, la France reste tout de même le troisième producteur mondial (derrière le Canada et la Chine). Mais il est vrai que l’utilisation du chanvre évolue, y compris pour les autres usages. À titre d’information, la filière des fleurs brutes compterait entre 300 à 500 hectares environ. Les chiffres fluctuent un peu entre 2021 et 2022. Aussi, le chanvre à fleurs pour biomasse va être commercialisé sur un prix moyen entre 10 à 100 € le kilo, en fonction de leur qualité et la teneur en CBD ou en autres actifs.

Photo de industrie du cbd

Les évolutions de la réglementation sur le CBD 

Lors de l’intervention de Zoé Demange, déléguée générale de l’UIVEC, on a eu un aperçu des progrès déjà réalisés jusque-là. Elle rappelle entre autres que la régulation de ce secteur implique l’intervention d’un très grand nombre de pouvoirs publics. Pour la France, cela inclut principalement les différentes directions générales au niveau des administrations. 

  • Elle cite par exemple les professionnels de la concurrence, la santé ou encore les entreprises de l’alimentation. 
  • La MILDECA y joue pareillement un rôle majeur.
  • « On a également un grand nombre de ministères, notamment celui de l’agriculture, les PME et l’industrie qui vont être concernées, et évidemment Matignon et la République qui vont prendre les décisions et les arbitrages sur le sujet. » 

Par ailleurs, l’UIVEC prend en compte l’évolution du chanvre au niveau européen. Les intervenants comptent en premier lieu la Commission européenne. Il y a également les organismes impliqués dans les questions de l’agriculture, des taxes, des douanes, de la santé et des entreprises. Demange n’oublie évidemment pas les institutions spécialisées comme l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments). Puisque le CBD constitue un nouvel aliment (Novel Food), sa commercialisation nécessite l’évaluation et l’autorisation préalables de l’EFSA.

1. Les temps forts rappelés par la déléguée générale de l’UIVEC 

Les moments forts à retenir sont nombreux.

  • Juillet 2021 : la MILDECA a soumis à l’examen par la Commission européenne son projet sur la réglementation du CBD. C’est un passage obligatoire avant qu’un quelconque arrêté soit adopté.  
  • 31 décembre 2021 : le Conseil d’État présente un arrêté autorisant l’utilisation industrielle et commerciale du CBD. Celui-ci est entré en vigueur dès le 1er janvier 2022.  
  • 24 janvier 2022 : certaines dispositions de l’arrêté ont été suspendues provisoirement par le Conseil d’État.
  • 7 juin 2022 : l’EFSA publie son rapport. Ce dernier s’intitulait : « Les évaluations du cannabidiol en tant que nouvel aliment sont suspendues dans l’attente de nouvelles données ». 
  • 29 décembre 2022 : le Conseil d’État annule l’arrêté interdisant la vente des fleurs et des feuilles de cannabis brutes.

2. Les changements pour 2023 

L’UIVEC prête une attention particulière à l’évolution du marché. Alors, qu’est-ce qui change en 2023 ? 

  • La considération du CBD comme un produit non stupéfiant en droit français. 
  • L’extension de l’autorisation de la « culture, l’importation, l’exportation, et l’utilisation industrielle et commerciale à toutes les parties de la plante. 
  • L’autorisation d’extraire les différents composés de chanvre non stupéfiant (CBD, CBG, CBC…), même à partir des fleurs et feuilles.
  • La possibilité de commercialiser les différents types d’ingrédients (isolats, broad spectrum) tant que le seuil de THC fixé 0,3 % THC est respecté. 
  • L’autorisation de cultiver des variétés contenant jusqu’à 0,3 % de THC. 
  • La commercialisation des fleurs et des feuilles brutes de chanvre, désormais possible. 
  • Pour l’achat de fleur et de feuilles de chanvre produites en France, il n’est plus requis d’établir un contrat écrit entre producteur et acheteur.
  • Par extension, la décision du Conseil d’État autorise potentiellement l’utilisation de fleur de cannabis dans les produits alimentaires et cosmétiques.

3. Les prochaines étapes

Pour l’UIVEC, le secteur a encore du chemin à faire. Pour l’heure, rappelons les perspectives d’avenir pour le CBD français. 

  • Les autorités publiques vont relancer les réunions interservices et interministérielles afin de revoir l’arrêté et les modifications à apporter
  • Une nouvelle version de l’arrêté du 30 décembre 2021 devrait voir le jour dans les mois à venir. Cela a pour but d’encadrer la commercialisation des fleurs et des feuilles brutes. Ainsi, l’UIVEC continuera d’échanger régulièrement avec les autorités compétentes impliquées dans ces décisions afin d’informer leur adhérent.

Les perspectives pour cette année pour l’UIVEC 

1. Proposition complémentaire à la réglementation

En premier lieu, il est essentiel de sécuriser le premier marché de débouchés pour le CBD. De même, il convient de garantir la qualité des produits alimentaires jusqu’alors tolérés sur le marché, en attendant les normes Novel Food

Les objectifs étant les suivants. 

  • Protéger les consommateurs.
  • Assurer un contrôle proportionné des produits.
  • Instaurer une situation de concurrence loyale et équitable
  • Permettre le développement économique de la filière française PME aux GE.
  • Assurer des débouchés pour les agriculteurs. 
  • Devenir leader mondial sur le marché. Cela fait d’ailleurs partie des ambitions de l’UIVEC. 

Ensuite vient l’encadrement des activités d’extraction. Un label devrait être mis en place pour garantir la sécurité des produits sur le marché. Cela implique également les contrôles des autorités en amont de leur commercialisation via la notification « complément alimentaire ». 

2. Encadrement des produits : les prochaines étapes 

L’UIVEC travaille avec les autorités dans la mise en place de mesures, portant sur un plan de contrôle 2023. Celui-ci s’effectuera sur une base de construction commune avec les ministères et administrations françaises impliqués dans sa mise en œuvre. Dans le cadre de la révision de l’arrêté du 30 décembre 2021, un encadrement spécifique des activités d’extraction devrait aussi être instauré. C’est ce qui permettra de répondre au besoin d’encadrer les activités d’extraction de cannabinoïdes en France. Par la même occasion, cela offrirait l’opportunité d’éliminer le THC des ingrédients et de clarifier les questions juridiques afférentes (transport et autres).

3. Un projet de consortium au niveau européen

C’est aussi un axe qui intéresse l’UIVEC. Dans sa publication en juin 2022, l’EFSA a encouragé la constitution de consortium pour lancer des études, qui permettraient justement de fournir les dossiers et données supplémentaires demandées dans le cadre de l’examen des dossiers Novel Food.

Sur ce sujet, Zoé Demange a partagé le point de vue du syndicat. « À la suite de cet encouragement, l’UIVEC a contacté les différentes sociétés dépositaires du dossier Novel Food pour se donner un peu cette possibilité de lancer un consortium. On a eu plusieurs retours positifs. À priori, on va relancer une étude sur un isolat concentré à plus de 98 % pour un usage en tant que base dans le cadre des compléments alimentaires. Il y aura une réunion d’information entre les différentes sociétés intéressées qui devrait être organisée prochainement. »

4. Les travaux en cours sur les analyses et le label

  • Le « ring test » : 
    • Tester différentes méthodes et matrices (isolat et broad spectrum). 
    • Comparer les résultats obtenus par les laboratoires. 
    • Faire participer plusieurs laboratoires publics. 
  • Les normes XP/NF :
    • Définir une méthode d’analyse harmonieuse et standardisée pour les cannabinoïdes (en s’appuyant sur les résultats comparatifs obtenus lors du ring test).  
    • Première étape dans la définition d’une norme française et européenne, voire internationale (des travaux à venir initiés par la Chine).
  • Label :
    • Certifié par l’AFNOR.
    • Garantir l’origine et la traçabilité des cannabinoïdes. 
    • Assurer la conformité à la réglementation et favoriser l’autorégulation du marché. 
    • Assurer la transparence à l’égard des consommateurs.

Recherche et communication : présentation par l’UIVEC 

1. Études en pharmacie : 

  • Études réalisées avec un institut de sondage spécialisé auprès des officines. 
  • Études de terrain auprès de 400 pharmacies sur 15 000. 
  • Études rémunérées pour les pharmaciens.
  • À l’issue des études, remise d’un rapport documenté et illustré par une infographie.
  • Analyse des résultats segmentés selon certains critères (surfaces de vente, emplacement, nombre de passages par jour, etc.). 

2. Observatoire du CBD

Pour l’UIVEC, le secteur du CBD observera le lancement d’un observatoire du milieu en 2023. L’objectif étant de suivre le développement et les tendances du marché au fil des années. Ce sera aussi utile pour fournir des données objectives sur lesquelles les professionnels pourront s’appuyer.

Photo de faq cbd cannabis

Réunion de l’UIVEC : la séance de questions/réponses

C’est essentiellement le président du syndicat, Ludovic Rachou, qui a répondu aux questions que voici. 

Est-ce qu’on a des études scientifiques qui déterminent la qualité du CBD ?

« Il existe pas mal de biographies scientifiques autour du CBD. Ce sont des informations qu’on va mettre à disposition de nos adhérents. On planche avec d’autres acteurs, potentiellement à l’échelle européenne. D’ailleurs, en lien avec l’étude qu’on va possiblement faire dans le cadre de celle de l’EFSA pour répondre au manque de données, on réfléchit à des dépôts d’allégations auprès de l’EFSA. Donc, profitez des études qu’on va faire dans le cadre du consortium pour le Novel Food pour étudier ces allégations. Vraisemblablement, ce qui se dégage en tout cas d’une première approche en matière bibliographique, c’est autour du stress et du sommeil. »

Quel est le positionnement de l’UIVEC sur le THC ?

« En effet, ce n’était pas forcément très clair. On s’intéresse au THC dans le cas thérapeutique. On ne s’intéresse pas aux produits alimentaires. Par contre, on s’intéresse au THC et aux problématiques du coût de sa fabrication ou tout simplement à la filière du cannabis médical. On ne se limite pas aux produits CBD en ce qui concerne les thérapeutiques. »

Quelle instance travaillera sur la rédaction de l’arrêté ?

« Je précise qu’on ne sait pas à cette date si c’est l’arrêté qui va être réécrit ou si ce sont ses dispositions réglementaires qui vont être prises de manière complémentaire. L’évolution réglementaire va être pilotée, à priori, par la MILDECA qui était déjà l’instance de ses travaux. En fait, elle implique tout un nombre d’administrations et de ministères. C’est vraiment un travail collégial entre les différentes parties prenantes au niveau du ministère et des administrations. »

Quelle évolution sur le seuil de 0,3 % THC qui s’applique aux produits bruts ?

Le président de l’UIVEC a aussi répondu à cette question. « En fait, le seuil de 0,3 %, ça fait partie des points soulevés par le Conseil d’État. Il fait référence, à la base, à un taux dans la culture. Il a été pris comme taux pour voir ce qui était considéré comme un stupéfiant ou non, et notamment pour faciliter le travail des forces de l’ordre. Mais il ne présage en rien des taux applicables dans les différentes typologies de produits finis. C’est-à-dire que sur les produits alimentaires, par exemple, le seuil qui fait foi, ce sont les seuils de référence de l’EFSA. On est beaucoup plus bas que 0,3 %. Sur le cosmétique par exemple, on est sur des seuils de traces techniquement inévitables de 0,3 %. Sur les extraits, on est sur des traces qui sont largement supérieures. »

Comment sont traités les contaminants dans les produits dérivés de l’huile de graines de chanvre ?

« Ce sont des seuils qui ont été fixés récemment par la Commission européenne. En fait, ça n’a aucune interaction avec les autres produits. Cela concerne spécifiquement les produits qui sont issus de l’huile de graines de chanvre et des règles qui sont mises en place. »

Faut-il une déclaration aux autorités de produit si la teneur en THC est supérieure à 0,3 % ou un certificat de laboratoire d’analyse ?

Le président de l’UIVEC apporte plus d’explications à ce sujet. « De manière générale, c’est toujours important d’avoir des certificats d’analyse sur vos matières. Après, il faut avoir des laboratoires qui sont, évidemment, de qualité et des certificats qui soient fiables. Donc, ne pas hésiter aussi à changer de laboratoire de temps en temps pour vérifier les contre-analyses. De manière générale, cela dépend de votre activité. Si on est vraiment sur du transport de produits, ça fait partie des choses qu’on va mettre en place dans le cadre de l’évolution du domaine d’extraction. »

Quel est l’avis de l’UIVEC sur le bio ? 

« C’est un vrai débat. Il y a des différences d’appréciation entre les autorités référentes (à savoir l’INAO) et certains organes certificateurs. De manière générale, il est possible de certifier en bio la culture de chanvre. Il n’y a aucun problème à ce niveau-là. Maintenant, c’est l’utilisation du label bio dans les produits alimentaires qui soulève des débats, notamment au regard de la réglementation Novel Food sur la partie cosmétique qui n’a pas de sujet. C’est vrai que par rapport au label qu’on lance, le but, ce n’est pas de réinventer la roue et de remplacer les choses existantes. »

« Notre label va vraiment se concentrer sur une certaine exigence de qualité et une certaine conformité à la réglementation. Je dirais, une surcouche en plus, pour vraiment s’assurer que les produits sont qualitatifs. On a une bonne information qui est donnée aux consommateurs, mais qui pourra aussi mettre en avant une origine — en particulier française, voire même régionale. »

Quelle est la viabilité du marché de la fleur, notamment pour les autres marchés d’extraction ?

Le président de l’UIVEC n’a pas pu donner une réponse concrète lors de la réunion. « […] tout va dépendre du cadre qui va être mis en place par les autorités. »

Aujourd’hui, elles auraient plusieurs choix à leur disposition. Elles peuvent par exemple organiser un marché de la fleur, « un peu comme en Belgique avec une qualité spécifique ». De l’autre côté, « il y a un marché qui est très restrictif. » 

L’UIVEC pense toutefois qu’« il y a une vraie opportunité pour intégrer les morceaux de fleurs et de feuilles dans les produits alimentaires ou dans les produits cosmétiques de manière brute ». 

Y a-t-il des pays où le CBD est autorisé en complément alimentaire ?

« Oui. Je pense notamment au Royaume-Uni. Il y a certaines conditions à répondre. Après, le régime des compléments alimentaires varie selon les pays, même au sein de l’Union européenne. Il y a vraiment des disparités assez fortes. Ce n’est pas parce qu’il est produit, enrichi en complément alimentaire en France ou en Angleterre qu’il est applicable dans un autre pays. »

La décision du Conseil est-elle applicable au niveau européen ou en France uniquement ?

« Une décision française concerne une instance française. Donc, elle est applicable en France. »

Est-ce que les boutures seront autorisées ? Le taux de THC devrait-il monter à 1 % comme en Suisse ?

Le président de l’UIVEC a poursuivi ses explications. « Ce qu’il faut savoir, c’est que cette résolution au Sénat, nous y avons largement contribué, notamment sur le volet compléments alimentaires, extractions, etc. En réalité, c’est une résolution sénatoriale. Elle n’a aucun effet législatif. C’est vraiment un texte d’appel. Si vous voulez, vous pourrez émettre un souhait, mais il n’y aura pas de suite concrète. Par contre, elle permet de mettre la question au centre du débat d’idées au sein de la classe politique. »

« En effet, on voit certaines propositions apparaître comme le taux de THC à 1 % dans la culture. Alors ça, c’est un point sur lequel également l’UIVEC est engagé, pour pouvoir avoir les mêmes conditions que nos homologues suisses, italiens qui sont 0,6 % ou polonais et tchèque qui seront à 1 % prochainement. Nous, on plaide en tout cas pour une harmonisation des taux pour éviter que la filière française soit paniquée. »

Photo de réglementation cbd

Ma conclusion sur cette réunion de l’UIVEC 

Comme mentionné dans le préambule, je regrette une réunion unipersonnelle dans la vision globale de la structuration du marché du cannabis. Cependant, je souligne la qualité du développement des projets de la structuration.

Je n’arrive pas à concevoir comment de tels projets peuvent être mis en place en ne prenant pas en compte la globalité du sujet. Mais aussi, en omettant la variable majeure : l’utilisation principale du cannabis ainsi que sa légalisation qui s’opère actuellement dans toute l’Europe.

Je suis d’accord avec l’avis de l’UIVEC que l’image du cannabis à usage adulte pouvait être néfaste au développement de la filière chanvre industriel. C’est d’autant plus vrai au vu de ses sulfureuses légendes urbaines. Néanmoins, elles sont démystifiées chaque jour par les études scientifiques et médicales sur la plante

Aussi, que l’on se le dise : le CBD, c’est du chanvre/cannabis. J’ai eu parfois l’impression que le CBD devenait la fleur et non sa molécule. Dans son rôle de construction de la filière, l’UIVEC devrait ainsi avoir pour premières responsabilités :

  • L’éducation et l’information du consommateur 
  • La qualité des produits. 

Vous ne pouvez pas construire une filière et choisir les sujets qui vous conviennent. Ce, en éludant la réalité du secteur des sommités florales et en vous attribuant le pouvoir de décisions législatives ou tout du moins les fondations de celles-ci. Encore une fois, l’UIVEC ignore le secteur initial et les consommateurs, mais aussi les acteurs qui ont rendu possible la suspension et modification du décret du 30 décembre. Il ne faut pas oublier la pétition citoyenne de 40 000 signataires menée par Éric Juillat, fondateur de French Swiss Hemp. Il en est de même pour le travail de collaboration des acteurs pionniers représentés par plusieurs associations françaises et syndicats (AFPC, UPCBD, SPC…).

Quelques recommandations…

Selon moi, deux choix se présentent à l’UIVEC :

  1. Construire une filière médicale (aussi européenne) et extraction alimentaire (chose qui vous correspond très bien et où vous êtes les meilleurs) ou
  2. Construire une filière du cannabis bien-être et à usage adulte

Par exemple, un auditeur vous attire sur le HHC dans votre présentation au moment des questions. Votre réponse sans retenue : « c’est un produit qui se fume… ça ne nous regarde pas ». Mauvaise réponse : je vous informe que ces molécules semi-synthétiques ou synthétiques sont utilisées pour fabriquer des comestibles. 

À cause d’acteurs comme vous ou d’autres politiques actuelles sur le sujet, des vermines vendent ces produits nocifs sous toutes leurs formes. Pour cause, les 10 millions de consommateurs de cannabis du pays (qui avaient parfois même arrêté le THC) se laissent tenter par une soi-disant similarité au THC en version légale. Celle-ci est d’ailleurs ventée par les vendeurs et transformateurs peu scrupuleux. Ils font croire à notre jeunesse et autre consommateur que c’est du chanvre/cannabis !

Nous revoilà donc à le devoir d’éducation de l’UIVEC sur la clarté des cannabinoïdes et leur bonne utilisation. Si vous trouvez mon propos hors sujet, pour ma part, vous ne serez pas capable de vos ambitions qui ne correspondent qu’à vos attentes… non pas à celui du consommateur dans la projection du marché européen.

En revanche, si mes propos vous interpellent, je vous invite à prendre l’initiative d’être le premier parti de l’interprofession à vouloir réunir tous les acteurs du cannabis bien-être dans une construction française d’un projet venant de l’ensemble des revendications. Et ce, toujours dans une cohésion de marché et une protection du consommateur.

Cela permettrait par ailleurs d’atteindre l’objectif de l’UIVEC de permettre au chanvre français de devenir leader européen du marché en tout point. Comme je l’ai proposé en janvier 2022 dans la pétition #2022CHANVREMENBON. Celle-ci est malheureusement restée dans l’ombre des actions indépendantes de chacun des différents acteurs sur le territoire.

Le mot de la fin

Je peux vous l’annoncer : l’UIVEC sera absorbée et oubliée en 2027 lors de la légalisation complète européenne. Il n’existe pas d’autre filière que le cannabis médical ou le cannabis bien-être dans ce petit monde. Vous ne faites plus partie du chanvre industriel. Prenez les choses en main. Construisez le cannabis de demain.

J’en suis arrivé à cette conclusion, car — avec les idées complémentaires du SPC, UPCBD, AFPC, Santé France Cannabis, l630, CIRC, NORLM, Principe Actif… — j’aurais applaudi des deux mains vos projections menées aujourd’hui. Elles sont celles qui manquent aux autres pour boucler la boucle dans une cohérence politique française. #2022CHANVREMENBON

Écrit par romain.l

Responsable de réseaux sociaux chanvre_h_i_b_o_o_x_x_x_france.

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