Histoire du cannabis en France

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Dans l’Hexagone, la lutte contre la toxicomanie passe par une amende de 3750 euros pour usage simple ou un an de prison. Des éléments permettant de dire que le pays est à cheval dans ses principes dans ce domaine. Ou peut-être pas assez puisqu’au niveau européen, la France occupe la première place du plus gros consommateur de cannabis. L’OEDT en donne la preuve en indiquant que près de 18 millions des 15 à 64 ans ont déjà tenté l’expérience au moins une fois dans leur vie.   Plus encore, 2% (environ un million) d’entre eux en consomment quotidiennement. Soit, 44,8% de la population au total, alors que ce niveau évolue entre 27 à 38% chez nos voisins européens. Pour comprendre cet engouement, il faut regarder du côté de l’histoire du cannabis en France.

De l’Asie à l’Europe

En creusant loin dans l’histoire, il serait facile de déduire que le cannabis a fait un long voyage durant des siècles avant d’arriver dans l’Hexagone. Pour s’en convaincre, il suffit de porter un regard sur sa terre natale, l’Asie.

Eh oui ! Cette plante aux multiples vertus vient de cette partie du globe. Du moins, selon une étude allemande mettant en exergue la part jouée par les Yamnas. Cette tribu aurait importé le cannabis en Europe depuis la Chine et les steppes en utilisant leurs chevaux comme moyen de transport. Ces cavaliers se servaient du cannabis comme monnaie d’échange ou une source de revenus à travers la commercialisation.

Le cannabis a ainsi fait ses premiers pas en Europe à l’âge de Bronze selon une étude récente du laboratoire de David Reich. Soit, vers 2900 avant Jésus-Christ en commençant par le Nord du Vieux Continent et en passant par la Russie, les Baltiques, la Belgique ou encore les Alpes. Pour ce qui est de La Manche et du reste de l’Europe, il faudra attendre entre les années 2500 à 2000 av. J.-C.

Le cannabis a fait ses premiers pas à Marseille

Puisqu’il est essentiellement question de l’histoire du cannabis en France, les indicateurs démontrent que le port de Massilia (Marseille) a servi de portail au cannabis. Non pas dans sa forme médicale, mais en tant que matière première. C’est parce qu’à l’époque, cette plante servait principalement à la fabrication de cordes, de textiles ou encore de matériaux de construction.

Les graines servaient de source alimentaire. La population en consomme massivement pour profiter de leur vertu nutritive. Pour certains individus, l’intérêt était plutôt porté sur les propriétés psychotropes. Les fouilles archéologiques le démontrent à travers la découverte de pipes avec des traces de cannabinol. Le résultat de la dégradation du tétrahydrocannabinol (THC) qui, rappelons-le, est l’un des nombreux cannabinoïdes trouvés dans le cannabis.

La France est conquise

Vous l’aurez compris, le port de Marseille joue pour beaucoup dans l’histoire du cannabis en France. Simplement parce qu’après cette ville portuaire, cette plante s’est répandue sur l’ensemble du territoire notamment à partir du IXe siècle.

Concrètement, sa véritable expansion s’est accélérée durant le règne de Charlemagne à travers le développement de la culture de chanvre. Les Français en plantaient en grande quantité pour permettre au cannabis d’intégrer la liste des variétés de plantes locales les plus utilisées.

Nul besoin de préciser que le cannabis servait à beaucoup de choses notamment dans le domaine de l’écriture et de la navigation au Moyen-Âge. Et comment ? Simplement parce que le cannabis était fortement exploité pour servir de cordages et de voiles pour les bateaux. À l’époque, les papiers étaient également fabriqués à partir du cannabis. Les moines s’en servaient pour rédiger les bibles. Ils y passaient des jours et des nuits pour les inciter à utiliser des lampes à huile de chanvre en guise d’éclairage. D’ailleurs, la première bible imprimée était aussi en papier de chanvre.

Ainsi, la notoriété du cannabis était à son apogée d’autant qu’il pouvait compter sur l’usage récréatif et médical pour renforcer sa position. Du moins, durant plusieurs décennies puisqu’en 1484, une loi est décrétée pour l’interdiction de l’usage du cannabis. La toute première de la lignée et qui est mise en place par les autorités religieuses. Le motif, la lutte contre le satanisme et la sorcellerie. Un dispositif réglementaire qui a bien fait de se renforcer durant la Renaissance. Cette fois, c’est le Pape Innocent VIII qui a mis du sien.

Le cannabis fait son come-back

Interdit à l’usage, le cannabis a évolué dans l’ombre depuis 1484. Il a survécu ainsi durant des décennies. Mais une fois de plus, ses nombreuses vertus lui ont permis de faire son come-back en France. C’était aux temps modernes durant lesquels l’usage de navires était fortement sollicité pour la conquête et la croissance.

Vous l’aurez compris, les cordes et les voiles de chanvres jouaient un rôle majeur dans la fabrication de ces bateaux. Une situation qui intervient, alors que chaque embarcation en nécessitait des dizaines de tonnes. Voilà pourquoi, la culture de cannabis était fortement encouragée en France, mais aussi auprès de ses voisins européens. Et pas seulement puisque pour accélérer les choses, les colonies aussi étaient obligées de s’y mettre.

L’usage récréatif gagne du terrain

Autorisé à nouveau, le cannabis dispose de quelques décennies pour garantir son développement. L’occasion qui a permis à l’usage récréatif de conquérir un nombre croissant d’utilisateurs auprès du grand public. Ainsi, l’utilisation récréative du cannabis s’est répandue en France en précisant qu’elle s’est accélérée vers la fin du 18e siècle en se servant des soldats de Napoléon comme levier.

Cette partie de l’histoire du cannabis en France, c’était durant la période des Lumières. À l’époque, la première Encyclopédie a vu le jour, grâce à Diderot et Alembert décrivant les effets de cette plante comme suit :

Le cannabis procure des vertiges, des éblouissements, en un mot une sorte d’ivresse.

L’effet High ou planant comme le décrivent les gens de notre époque. Mais pour en revenir au vif du sujet, il faut préciser que Alembert et Diderot n’étaient pas les seuls à étudier de près le cannabis dans sa forme récréative. Ils sont bien nombreux, mais certains d’entre eux méritent une attention particulière.

À commencer par Carl von Linné. Savez-vous pourquoi ? Parce que son nom scientifique, le cannabis le doit à ce botaniste suédois :

  • Cannabis Sativa pour le cannabis récréatif et médical ;
  • Cannabis Sativa L (L en hommage à Linné) pour le chanvre textile.

Jacques Moreau de Tours est aussi de la liste à travers son ouvrage intitulé « Du Haschich et de l’aliénation mentale. Ce psychiatre partage son point de vue sur le cannabis dans ce livre. Il en vante le mérite en mettant en exergue les propriétés spirituelles, récréatives et médicinales. Et pas seulement puisque c’est grâce à cet homme que le Club des Haschichins a vu le jour.

C’est un peu dans le genre des Salles de consommation à moindre risque ou SCMR de notre époque. Simplement parce que le Club des Haschichins a pour particularité de réunir les consommateurs de cannabis. Non pas pour fumer, mais pour en manger à travers une mixture sucrée communément connue sous le nom de dawamesk. Les gens de notre ère pourraient le confondre avec le spacecake.

La belle époque est révolue

En faisant son grand retour, le cannabis a évolué en toute liberté dans l’Hexagone depuis les temps modernes. Mais il faut croire que c’est son usage abusif qui a causé sa fin en faisant principalement allusion aux effets du cannabis récréatif. Pour le dire, il suffit de prendre en compte la décision de Napoléon interdisant la consommation auprès de ses soldats et de la population.

Un premier pas dans la mise en place d’une réglementation restrictive, mais qui n’a cependant pas eu l’effet escompté. Les Français étaient trop attachés à leurs précieux produits. D’où l’apparition d’une nouvelle loi mettant définitivement un terme à cette pratique dès sa mise en place en juillet 1916. La consommation personnelle et en société était ainsi interdite. Le motif, les Allemands l’utilisaient pour gagner la guerre. Et comment ? En fournissant de la cocaïne et du cannabis en grande quantité aux soldats français pour les ramollir et les démotiver.

En réalité, c’est la première loi française sur les stupéfiants qui a eu de l’effet. De plus, sa portée s’est renforcée au 31 décembre 1970. La France a décidé de mener une lutte acharnée contre la toxicomanie en sanctionnant la production, la commercialisation et la consommation de stupéfiants. Nul besoin de préciser que le cannabis est de la liste que ce soit dans sa forme médicale ou récréative. Et comme mentionné au début, l’amende de 3750 euros ainsi que l’emprisonnement font partie des mesures adoptées.

En bref

L’histoire du cannabis en France ne date pas d’hier. En traversant les époques, sa progression a connu des hauts et des bas notamment à cause de son usage récréatif. C’est d’ailleurs pour cette raison que son utilisation est toujours prohibée dans l’Hexagone. N’empêche que la situation a tendance à s’assouplir.

La mise en place des SCMR le prouve sans parler du cannabis médical qui a obtenu le feu vert des autorités notamment, grâce au CBD. Après tout, le pays a décidé d’étudier l’éventualité d’une nouvelle loi sur le sujet en pensant au PLFSS de 2023. Toutefois, les Français devraient prendre leur mal en patience et patienter encore un petit peu. Simplement parce qu’aux dernières nouvelles, la France s’est accordé un report d’un an pour la légalisation du cannabis médical.

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